Le Rapporteur de l’Assemblée nationale, le professeur Jacques Djoli Eseng’ekeli, dresse un bilan positif des travaux réalisés au cours de la session ordinaire de mars et de la session extraordinaire récemment clôturée. À travers plusieurs entretiens accordés aux médias nationaux et internationaux, il a notamment mis en avant l’activité législative, le contrôle de l’action gouvernementale, la modernisation de l’administration parlementaire et les enjeux liés au développement de la République démocratique du Congo.

Au-delà du bilan quantitatif, Jacques Djoli défend une conception du Parlement davantage tournée vers l’efficacité, l’évaluation des politiques publiques et l’impact concret des décisions prises sur la vie des citoyens.

Plus de 31 lois adoptées

Selon le Rapporteur, les deux sessions ont été particulièrement denses. L’Assemblée nationale a adopté plus de 31 lois, dont 21 propositions de loi et 10 projets de loi.

À cette activité législative s’est ajouté un contrôle soutenu de l’action gouvernementale à travers notamment les questions orales avec débat, les questions écrites, les interpellations, les auditions en commissions et les motions.

Pour Jacques Djoli, le contrôle parlementaire ne devrait cependant pas être assimilé à une confrontation systématique entre le Parlement et le Gouvernement. Il doit plutôt constituer, selon lui, un instrument de dialogue institutionnel, d’évaluation de l’action publique et de correction des insuffisances constatées.

Cette approche devrait désormais franchir une nouvelle étape : le suivi de l’application des lois adoptées.

L’enjeu, explique-t-il, est d’éviter que le Parlement soit réduit à une simple « machine à voter des lois ». Les textes votés doivent être suivis, évalués et confrontés à leurs effets réels sur le terrain.

Des lois au service des priorités nationales

Parmi les textes considérés comme stratégiques, le Rapporteur cite notamment la loi de programmation militaire, le statut des anciens combattants, la législation sur le contenu local, les zones économiques spéciales et le marché boursier.

Il évoque également les textes susceptibles d’accompagner les grands projets énergétiques et d’infrastructures.

Pour Jacques Djoli, l’adoption de ces textes doit s’accompagner d’une programmation budgétaire adaptée. Les projets dont la réalisation s’étend sur plusieurs années devraient notamment bénéficier d’une logique de budgets-programmes afin de garantir leur financement, leur continuité et leur évaluation.

Cette approche concerne, selon lui, des secteurs aussi déterminants que l’énergie, les infrastructures, les grands barrages, la réhabilitation de l’aéroport de Luano et le désenclavement des provinces.

Désenclaver les territoires pour renforcer l’intégration économique

Le développement national reste également confronté à la question de l’enclavement de plusieurs territoires.

Jacques Djoli souligne les difficultés persistantes de connexion entre certaines zones, notamment autour de Loja, Katako et Tshumbe, ainsi que leur accès aux grands pôles économiques, à l’instar de Kisangani.

Pour le Rapporteur, l’amélioration de ces axes constitue un enjeu à la fois économique et social. La construction et la réhabilitation des infrastructures de transport doivent permettre de faciliter la circulation des personnes et des marchandises, de rapprocher les bassins de production des marchés et de favoriser l’intégration des économies locales au tissu économique national.

Cette situation appelle, à ses yeux, une politique plus cohérente d’aménagement du territoire et une meilleure coordination entre les différents secteurs de l’État.

Planifier pour transformer les potentialités en croissance

Le développement des territoires enclavés passe aussi par une meilleure articulation entre les politiques économiques, financières et de planification.

Jacques Djoli plaide ainsi pour une plus grande synergie entre les ministères de l’Économie, des Finances et du Plan, afin d’inscrire les politiques publiques dans une vision cohérente et de long terme.

Pour lui, la RDC ne peut plus se contenter de multiplier les annonces sur la relance économique. Les ambitions affichées doivent se traduire par des investissements structurants et une meilleure orientation des ressources vers les secteurs productifs.

Agriculture et mines : des leviers à mieux valoriser

L’agriculture figure parmi les secteurs sur lesquels le pays pourrait davantage s’appuyer pour accélérer sa transformation économique.

La valorisation des terres arables, le développement des filières agricoles et la relance de certaines productions, notamment le café, sont présentés comme des pistes susceptibles de stimuler l’emploi, d’améliorer les revenus des ménages et de renforcer la production nationale.

Le secteur minier demeure également un atout majeur pour la RDC, compte tenu de l’importance de ses réserves en minerais stratégiques et critiques.

Mais Jacques Djoli insiste sur la nécessité de mieux faire profiter l’économie nationale et les communautés locales de ces ressources. Dans cette perspective, la mise en œuvre effective du contenu local apparaît comme un enjeu central pour accroître les retombées économiques des investissements et de l’exploitation des ressources naturelles.

Moderniser l’administration parlementaire

Le bilan présenté par le Rapporteur ne se limite pas à l’activité législative. La situation du personnel de l’Assemblée nationale a également été abordée.

Jacques Djoli reconnaît l’existence de difficultés relatives notamment à la carrière, aux conditions de travail, à la prise en charge médicale, aux déplacements ainsi qu’à la clarification du statut de certains responsables administratifs.

Il relève l’implication du président de l’Assemblée nationale, Aimé Boji Sangara, qui a échangé avec les agents afin de recueillir leurs préoccupations et d’examiner, avec le Bureau et les représentants syndicaux, les réponses à y apporter.

La modernisation de l’administration parlementaire devrait notamment passer par la fiabilisation des statistiques du personnel et la numérisation progressive des services, avec l’objectif d’améliorer la gestion interne et l’efficacité de l’institution.

RDC-Russie : Jacques Djoli favorable à une coopération élargie

Abordant les relations entre la RDC et la Russie, le Rapporteur estime que la coopération entre les deux pays pourrait être davantage diversifiée.

Il cite notamment les secteurs de l’économie, de l’éducation, de la recherche, des échanges universitaires et de la coopération stratégique.

Cette ouverture, estime-t-il, doit s’inscrire dans une politique étrangère fondée sur les intérêts nationaux. Compte tenu de son poids géographique, économique et stratégique, la RDC a, selon lui, intérêt à développer des partenariats avec différents États.

La cohésion nationale comme socle du développement

Au terme de ses échanges avec les médias, Jacques Djoli a également mis en avant la résilience du peuple congolais et son attachement à l’unité nationale, malgré les crises, les conflits et les différentes épreuves traversées par le pays.

La RDC dispose, selon lui, de nombreux atouts : un immense territoire, d’importantes terres arables, une population majoritairement jeune et des ressources naturelles considérables.

Mais ces potentialités ne pourront se transformer en véritable développement que si elles sont accompagnées par des institutions efficaces, une planification rigoureuse, des investissements structurants et un mécanisme régulier d’évaluation des politiques publiques.

Du vote des lois à l’évaluation de leur impact

À travers ce bilan des sessions de mars et extraordinaire, Jacques Djoli esquisse ainsi une vision d’un Parlement appelé à dépasser sa seule fonction législative.

L’institution doit être à la fois législateur, contrôleur, évaluateur et acteur de la cohésion nationale. Pour le Rapporteur, cette évolution est indispensable pour renforcer l’efficacité de l’État, améliorer la gouvernance publique, désenclaver les territoires et faire en sorte que les décisions prises au niveau national produisent des effets mesurables dans la vie quotidienne des Congolais.

L’enjeu de la prochaine étape parlementaire sera donc moins de mesurer uniquement le nombre de textes adoptés que d’évaluer leur portée, leur application et leur contribution effective au développement du pays.

Scarpe MBUYAMBA Espérant/ELITE-NEWS.NET