La Banque centrale du Congo (BCC) s’inquiète de la faible progression des dépôts bancaires en devises au regard des recettes d’exportation du pays. Pour y remédier, elle prépare une réforme de la réglementation des changes visant à renforcer le rapatriement des revenus, notamment ceux du secteur minier.
Entre 2023 et 2025, la République démocratique du Congo (RDC) a réalisé 93,2 milliards de dollars d’exportations, tandis que les déclarations de rapatriement des recettes se sont élevées à 54,4 milliards de dollars. Pourtant, sur la même période, les dépôts en devises dans le système bancaire n’ont progressé que de 3,8 milliards de dollars, selon les chiffres présentés par le gouverneur de la Banque centrale du Congo, André Wameso Nkualoloki.
Ces données ont été dévoilées le vendredi 9 octobre 2026 à Kolwezi, chef-lieu de la province du Lualaba, lors d’une conférence consacrée à la stabilité macroéconomique et au secteur minier. La rencontre a réuni des représentants de la Fédération des entreprises du Congo (FEC), de la Chambre des mines et de l’Association congolaise des banques (ACB), en présence du vice-gouverneur du Lualaba, Clément Mufundji Tshinat Karl.
L’écart entre les recettes d’exportation et leur présence dans le système bancaire congolais soulève des interrogations sur les mécanismes de rapatriement des fonds et leur utilisation. Sur les 93,2 milliards de dollars d’exportations enregistrés durant la période considérée, 54,4 milliards ont fait l’objet de déclarations de rapatriement, soit environ 58,4 %. La différence entre les deux montants atteint 38,8 milliards de dollars.
La progression des dépôts en devises, évaluée à 3,8 milliards de dollars, représente, quant à elle, environ 4,1 % du total des exportations. Toutefois, cette différence ne permet pas, à elle seule, d’établir la destination des fonds ni de conclure que toutes les recettes non retrouvées dans les dépôts bancaires ont quitté le pays.
Une économie fortement dollarisée
Au-delà du rapatriement des recettes, la Banque centrale pointe la forte dollarisation du système financier congolais. À la fin de septembre 2026, les dépôts en devises représentaient 87,6 % de l’ensemble des dépôts bancaires, contre seulement 12,4 % pour ceux libellés en francs congolais, selon les données présentées par le gouverneur.
Cette prédominance du dollar limite la capacité de la BCC à transmettre efficacement sa politique monétaire à l’économie. Elle réduit notamment la portée des instruments monétaires utilisés pour influencer le coût du crédit et maîtriser l’inflation.
Selon Bloomberg, qui rapporte des données du Fonds monétaire international (FMI), plus de 97 % des crédits bancaires en RDC seraient libellés en devises étrangères, principalement en dollars américains.
Pour André Wameso Nkualoloki, le défi consiste à faire en sorte que les richesses produites par le pays contribuent davantage au financement de son économie.
« Notre pays produit une richesse minière considérable, mais il ne parvient pas encore à en retenir une part suffisante pour renforcer durablement les capacités de financement de son économie », a-t-il déclaré.
Le gouverneur a qualifié cette situation de « pas soutenable », soulignant les difficultés qu’elle pose pour la stabilité macroéconomique et le financement du développement national.
La BCC prépare une réforme de la réglementation des changes
Face à ce constat, la Banque centrale du Congo prépare une révision de la réglementation des changes du 25 mars 2014. Cette réforme vise notamment à adapter les dispositions existantes aux exigences du Code minier de 2018 et à améliorer la rétention des recettes d’exportation dans le circuit financier national.
Selon les mesures présentées, le délai de rapatriement des recettes d’exportation serait fixé à 60 jours après la sortie des marchandises du territoire congolais. Pour l’or et les diamants issus de l’exploitation artisanale, ce délai serait ramené à 20 jours.
Le projet prévoit également que les titulaires de droits miniers déposent 60 % de leurs recettes dans une banque établie en RDC, dans les 15 jours suivant leur arrivée sur le compte principal détenu à l’étranger. Le dispositif envisagé entend renforcer le suivi des flux financiers liés aux activités minières.
D’autres mesures concerneraient les paiements effectués sur le territoire national. Les contrats de sous-traitance devraient être réglés en francs congolais, au même titre que plusieurs dépenses courantes des ménages, notamment le loyer, les frais de scolarité, les soins de santé ainsi que les factures d’eau et d’électricité.
Bloomberg rapporte également que les entreprises minières pourraient être tenues de vendre à la Banque centrale jusqu’à 30 % des dollars rapatriés, en échange de francs congolais.
Entre souveraineté économique et intérêts des investisseurs
La réforme envisagée intervient dans un contexte où les autorités congolaises cherchent à renforcer les retombées économiques de l’exploitation des ressources naturelles. L’objectif affiché est de mobiliser davantage de ressources financières disponibles localement, de soutenir le crédit en monnaie nationale et de renforcer l’efficacité de la politique monétaire.
Le gouverneur de la BCC a toutefois assuré que cette démarche ne visait pas à opposer les intérêts nationaux à ceux des investisseurs étrangers. La mise en œuvre des nouvelles dispositions devra, selon lui, tenir compte des impératifs économiques et des intérêts légitimes des opérateurs.
Présent à la rencontre, le vice-gouverneur du Lualaba, Clément Mufundji Tshinat Karl, a également soutenu la réforme, tout en insistant sur la nécessité d’une application cohérente des mesures et de contrats clairement définis.
La Banque centrale poursuit ses consultations avec les entreprises minières, les banques commerciales et les organisations patronales avant de finaliser le dispositif.
L’enjeu sera de parvenir à mieux capter les revenus générés par les exportations sans compromettre l’attractivité du secteur minier, essentiel à l’économie congolaise. La réforme devra notamment permettre de mieux comprendre les circuits de financement des exportations et d’accroître la contribution des recettes minières au financement de l’économie nationale.
Espérant Scarpe MBUYAMBA
