
La Conférence annuelle de l'Association des Études Africaines a été le théâtre, ce samedi 22 novembre 2025, d'un discours qui se veut un point de rupture.
Le Professeur André Mbata Mangu, éminent universitaire congolais, a délivré un message implacable : face à l'agression rwandaise en République Démocratique du Congo (RDC), le silence du monde n’est pas neutre, il est complice.
Le Professeur Mbata Mangu a rejeté avec véhémence la lecture simpliste d'un "conflit local". Il a insisté sur la véritable nature du drame qui se joue dans l'Est de la RDC : une guerre internationale.
«il s’agit d’une guerre internationale, menée par un État membre des Nations Unies [le Rwanda] contre un autre État membre [la RDC], en violation flagrante du droit international »
Il a mis en lumière le coût humain vertigineux de cette agression : près de dix millions de vies perdues et un peuple plongé dans une tragédie inqualifiable. Ces faits, a-t-il martelé, doivent être qualifiés pour ce qu'ils sont : un crime contre la paix, un crime contre l’humanité, voire un génocide que l'histoire contemporaine ne peut plus ignorer.
La charge la plus lourde du Professeur Mbata Mangu est dirigée contre la communauté internationale. Son inaction et son indifférence persistante face à l'ampleur des crimes sont, selon l'universitaire, une forme de complicité.
Pour Mbata Mangu, fermer les yeux sur l’injustice revient à la rendre possible. Ce silence ne fait pas qu'observer ; il confère une légitimité tacite aux agresseurs. Il est lui-même un crime contre l'humanité parce qu'il permet la poursuite des massacres.
L'universitaire congolais ne s'est pas contenté de dénoncer. Il a lancé un appel vibrant à la lucidité et à l'action, interpellant les "savants, dirigeants, citoyens du monde" à reconnaître leur part de responsabilité.
S'inspirant de la philosophie de la résistance, il a souligné la force intrinsèque de la vérité : "la lucidité est déjà une forme de résistance." En nommant les faits, en brisant le tabou de la complicité, il s'agit de créer des fissures dans le mur du silence pour que la justice puisse un jour être rendue.
Le Professeur André Mbata Mangu se positionne ainsi en figure de proue d'un front scientifique et moral essentiel, non seulement pour défendre la dignité humaine, mais aussi pour garantir que la mémoire des victimes survive et que les auteurs de l'agression, ainsi que ceux qui ont choisi l'indifférence, soient jugés par l'histoire.
Joseph Mabanza Wakwansampi