Journaliste en danger (JED) une structure qui milite pour le droit, défense et protection des professionnels de médias en République démocratique du Congo, présentera son Rapport annuel 2026 le lundi 2 novembre, à 10 heures, à l'Hôtel Memling, dans la commune de la Gombe, à Kinshasa. La présentation coïncide avec la Journée internationale de la fin de l'impunité pour les crimes commis contre les journalistes, instituée par les Nations Unies en 2013 pour appeler les États à agir contre l'impunité.

Les médias à l'épreuve de la désinformation

Intitulé « Rumeurs, légendes et complotisme sur Ebola. Les médias sous pression face au virus de la désinformation », le document examine le rôle et les responsabilités des médias face à la crise sanitaire, ainsi que les obstacles à une information indépendante et fiable. Il analyse les pressions, les risques et les fragilités économiques qui entravent le travail des rédactions.

Pour JED, protéger les journalistes revient à protéger le droit du public de savoir. Les violences et l'intimidation affaiblissent la capacité des professionnels à enquêter et à vérifier, laissant davantage de place aux récits non vérifiés.

Le rapport relève un écart entre les réformes de la presse et la protection réelle des professionnels. La RDC occupe le 130e rang sur 180 au classement 2026 de Reporters sans frontières (RSF), mais son rang sécuritaire recule de la 154e à la 166e place.

Les alertes de septembre citées dans le rapport mentionnent notamment l'arrêt des émissions d'une radio à Mwenga après le vol de son matériel, et l'interpellation de deux professionnels à Kalemie. Ces faits ne sont pas tous liés à Ebola, précise le document, mais ils illustrent la fragilité de l'environnement médiatique.

Des rédactions entravées

Restrictions d'accès aux sources, menaces, pressions judiciaires, manque de moyens d'enquête et difficultés techniques limitent le travail des journalistes. Le rapport souligne par ailleurs que la défiance des populations envers les mesures de riposte contre Ebola ne se résume pas aux réseaux sociaux. Y répondre exige, selon JED, de la transparence, de l'écoute des communautés et des réponses aux préoccupations concrètes.

Cinq recommandations

JED propose des réformes pour protéger les journalistes, renforcer l'accès à une information fiable et bâtir un écosystème médiatique indépendant, solide et viable, capable de répondre aux crises sanitaires et sécuritaires. L'organisation recommande de :

combattre l'impunité par des enquêtes indépendantes et un suivi public des procédures, avec protection des victimes et des témoins ;

renforcer la protection des professionnels des médias et maintenir leurs activités, par la création d'un Mécanisme national de protection des journalistes, dont le projet a été validé par le gouvernement ;

ouvrir les données sanitaires et budgétaires, avec des informations datées, vérifiables et un accès équitable aux sources ;

financer l'indépendance des rédactions selon des critères transparents, sans conditionner l'aide à une couverture favorable ;

renforcer la vérification et réformer les dispositions répressives, sans criminaliser la critique ni confondre erreur et tromperie.

« Ni silence imposé, ni désinformation »

Pour JED, la désinformation est un déni de l'information, et non une expression de la liberté de la presse. Aussi nuisible que la censure, elle doit être combattue avec la même énergie, par la rigueur, la transparence et le respect des droits, jamais au prix du silence imposé aux journalistes.

Espérant Scarpe MBUYAMBA