À seulement six kilomètres du chef-lieu de la province, le village Bombangi vit sans centre de santé fonctionnel, sans médicaments et sans accès aux soins de base. Son chef coutumier dénonce une marginalisation persistante et des aides qui n'atteindraient jamais leurs destinataires.
Il suffit de quitter Inongo et de parcourir six kilomètres pour mesurer le fossé. À Bombangi, village de peuples autochtones situé dans la périphérie immédiate du chef-lieu de la province du Mai-Ndombe, les habitants disent vivre à l'écart de tout. Santé, eau potable, éducation, alimentation : les besoins fondamentaux y restent largement insatisfaits.
Le constat est alarmant. Selon les témoignages recueillis par notre rédaction, Bombangi ne dispose d'aucun centre de santé fonctionnel. Les médicaments y font défaut et l'accès aux soins de base est quasi inexistant. Pour se soigner, les habitants n'ont d'autre choix que de se débrouiller par leurs propres moyens, dans une communauté où les ressources sont rares.
La situation est d'autant plus paradoxale que ces populations sont reconnues comme les gardiennes de la forêt. Au quotidien, elles protègent l'un des plus grands massifs forestiers de la République démocratique du Congo, un patrimoine naturel au cœur des enjeux nationaux et internationaux de conservation.
« Nous sommes toujours abandonnés »
Interrogé par notre rédaction, le chef coutumier du village, Monsieur Diable, n'a pas masqué son amertume.
« Nous sommes toujours abandonnés par les autorités. Il y a des projets qui viennent en notre faveur, mais nous ne bénéficions pas de ces dons. Pourtant, nous sommes les gardiens de la forêt », a-t-il déclaré.
Le chef coutumier met directement en cause ceux qui, selon lui, tirent profit de la cause autochtone :
« Les gens bouffent des sommes d'argent au nom des pygmées. C'est un comportement que je condamne avec la dernière énergie. Et nous sommes proches du chef-lieu de la province », a-t-il ajouté.
Ces accusations n'ont pas pu être vérifiées de manière indépendante. Elles traduisent néanmoins un sentiment de frustration largement partagé dans la communauté.
Au-delà de l'absence de soins, les habitants de Bombangi font face à un cumul de difficultés : accès limité à l'eau potable, insuffisance des infrastructures éducatives, alimentation précaire. Un quotidien d'autant plus difficile à accepter que le village se trouve à proximité immédiate d'Inongo, siège des institutions provinciales.
Face à cette situation, la communauté lance un appel pressant aux organisations non gouvernementales, aux structures étatiques, aux associations et aux partenaires de la conservation. Elle demande qu'un regard favorable soit porté sur Bombangi.
Les habitants réclament surtout une implication concrète et transparente, dont les bénéfices parviennent réellement aux ayants droit. Ils exigent que les aides destinées aux peuples autochtones ne soient plus détournées par des intermédiaires.
Par Jean Béni Nsepowa et Felly Mbembe à Inongo
