Un nouveau drame fluvial est venu endeuiller la République démocratique du Congo. Le 2 juillet dernier, une baleinière a chaviré sur la rivière Kasaï, à proximité d'Ilebo, dans la province du Kasaï. Selon un bilan provisoire communiqué par les autorités locales, une vingtaine de corps ont été repêchés, plus d'une centaine de personnes sont toujours portées disparues et environ 80 passagers ont pu être secourus.
L'administrateur du territoire d'Ilebo, François Kabula, a indiqué que l'embarcation était surchargée et effectuait sa traversée de nuit, deux facteurs régulièrement évoqués dans les accidents fluviaux enregistrés en RDC. Les opérations de recherche se poursuivent, mais le nombre exact de victimes demeure difficile à établir.
Ce nouveau naufrage s'inscrit dans une série de catastrophes qui continuent de frapper les voies navigables congolaises. Au cours des derniers mois, plusieurs accidents similaires ont coûté la vie à des centaines de personnes. En avril 2025, le naufrage de la baleinière JADOS, près de Mbandaka, avait fait au moins 22 morts. En juillet de la même année, un autre drame au port de Kituku, sur le lac Kivu, avait causé la mort d'au moins huit personnes. Quelques mois plus tard, un naufrage entre la Maringa et Lukolela avait donné lieu à des bilans contradictoires, oscillant entre 86 et près de 200 victimes, illustrant les difficultés récurrentes de documentation de ces catastrophes.
Au-delà des chiffres, les causes de ces drames restent largement connues. Les embarcations naviguent fréquemment avec un nombre de passagers et une quantité de marchandises dépassant leur capacité, souvent sans équipements de sécurité adaptés. Les traversées nocturnes, l'absence de balisage et le manque de gilets de sauvetage aggravent considérablement les risques.
« Les armateurs ne cherchent que l'argent. Ils chargent trop de personnes et de marchandises, sans aucun gilet de sauvetage », déplore François Malepo, président de la société civile locale d'Ilebo, appelant à un renforcement des contrôles et au respect des normes de sécurité.
Si certaines mesures disciplinaires ont déjà été prises par le passé, notamment après le naufrage de l'embarcation Ekunde en décembre 2025, avec l'interpellation de plusieurs responsables et la suspension d'un commissaire fluvial, les tragédies continuent de se répéter, révélant les limites du dispositif de prévention.
Ces accidents traduisent également une réalité structurelle. Dans de nombreuses régions du pays, les voies fluviales demeurent le principal, voire l'unique, moyen de transport en raison du mauvais état ou de l'absence d'infrastructures routières. Pour des milliers de Congolais, emprunter une pirogue ou une baleinière est une nécessité quotidienne pour accéder aux marchés, aux écoles ou aux structures sanitaires.
L'absence d'un système national consolidé de collecte des données sur les naufrages complique par ailleurs l'évaluation de l'ampleur réelle du phénomène. Les bilans varient souvent selon les sources, tandis que de nombreux disparus ne sont jamais officiellement recensés.
Face à cette succession de drames, plusieurs observateurs estiment qu'une réponse durable passe par le renforcement de la réglementation du transport fluvial, le contrôle systématique des embarcations avant leur départ, la généralisation des équipements de sauvetage, la limitation des navigations nocturnes ainsi que l'amélioration progressive des infrastructures routières afin de réduire la dépendance des populations aux transports fluviaux.
En attendant des réformes structurelles, le naufrage d'Ilebo rappelle une nouvelle fois le lourd tribut payé par les populations riveraines, pour lesquelles traverser un fleuve reste trop souvent un voyage aux conséquences imprévisibles.
Par Lydia Mfuamba/Tshikapa
