L’organisation internationale Human Rights Watch accuse les autorités de la République démocratique du Congo d’avoir accentué les arrestations arbitraires, les intimidations et le harcèlement visant des journalistes, des militants de la société civile ainsi que des figures de l’opposition politique, dans un climat marqué par l’insécurité persistante dans l’Est du pays et les débats autour d’une éventuelle réforme constitutionnelle.

Dans un communiqué publié mardi, l’ONG affirme observer une « détérioration préoccupante de l’espace civique » en RDC, alors que le mouvement rebelle M23 poursuit son implantation dans plusieurs localités du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Kinshasa continue d’accuser le Rwanda de soutenir le groupe armé, des accusations également relayées dans plusieurs rapports internationaux.

Human Rights Watch estime que ce contexte sécuritaire tendu s’accompagne d’un durcissement politique, notamment autour des discussions suscitées par une éventuelle révision constitutionnelle. L’organisation rappelle que le président Félix Tshisekedi avait évoqué cette question lors d’une conférence de presse diffusée le 6 mai 2026, relançant le débat sur l’avenir institutionnel du pays.

« Les citoyens congolais ont le droit d’exprimer leurs opinions sans crainte de répression », a déclaré Philippe Bolopion, dénonçant une multiplication des restrictions visant les voix critiques.

Selon l’ONG, plusieurs cas d’arrestations et de détentions arbitraires ont été recensés entre janvier et mai 2026. Parmi les dossiers évoqués figure celui de Serge Sindani, directeur du média Kis24.info, arrêté puis détenu durant dix jours sans inculpation formelle après des accusations présumées de collaboration avec le M23.

Human Rights Watch cite également le cas de Jordan Saidi Atibu, coordinateur local de l’Observatoire d’Actions Parlementaires et Gouvernementales, interpellé en janvier par l’Agence nationale de renseignements avant d’être détenu pendant quarante jours.

L’organisation revient par ailleurs sur plusieurs arrestations de militants du mouvement citoyen Lutte pour le Changement, notamment à Bunia, Kalemie et Matadi, lors de manifestations liées à l’insécurité ou aux difficultés d’accès aux services publics.

L’ONG affirme aussi que plusieurs personnalités proches du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie demeurent en détention. Elle mentionne notamment Aubin Minaku et Emmanuel Ramazani Shadary.

Pour Human Rights Watch, ces pratiques contreviennent aux engagements internationaux ratifiés par la RDC, notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques ainsi que la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples.

L’organisation appelle enfin les autorités congolaises à mettre un terme aux intimidations et à garantir le respect des libertés fondamentales, notamment la liberté d’expression, de manifestation et d’association, dans un contexte politique et sécuritaire particulièrement sensible.

Par Georges Kandinga|Kinshasa