Le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) franchit un nouveau cap dans sa politique de stabilisation macroéconomique. Désormais, toutes les entreprises opérant sur le territoire national sont tenues de s’acquitter de leurs obligations fiscales en francs congolais (CDF), y compris celles dont la comptabilité est libellée en devises étrangères.
L’annonce a été faite à Kinshasa par le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi, qui a précisé que cette mesure concerne en priorité les secteurs stratégiques, notamment les industries minières, pétrolières et des hydrocarbures.
Une réponse à la volatilité du taux de change
Cette décision intervient dans un contexte marqué par les fluctuations persistantes du taux de change entre le franc congolais et les principales devises internationales, en particulier le dollar américain. Selon les autorités, le paiement des impôts en monnaie nationale vise à réduire l’exposition des finances publiques aux chocs externes et à renforcer la prévisibilité des recettes de l’État.
« L’objectif est de consolider la souveraineté monétaire et de mieux maîtriser les flux financiers internes », a indiqué le ministre des Finances lors de sa communication.
Renforcer la mobilisation des recettes internes
Au-delà de la question du taux de change, cette réforme s’inscrit dans une stratégie plus large de mobilisation accrue des ressources internes. En exigeant le paiement en francs congolais, le gouvernement entend également améliorer la traçabilité des transactions fiscales et limiter les pratiques d’optimisation ou d’évasion fiscale liées aux variations de devises.
Les entreprises concernées devront ainsi adapter leurs mécanismes de conversion et de gestion financière afin de se conformer à cette nouvelle exigence réglementaire.
Des implications pour les secteurs clés
Les opérateurs des secteurs minier et pétrolier, traditionnellement orientés vers les marchés internationaux et fortement dollarisés, figurent parmi les plus impactés par cette mesure. Pour ces entreprises, la conversion systématique des obligations fiscales en monnaie locale pourrait engendrer des ajustements opérationnels et financiers, notamment en matière de gestion de trésorerie.
Toutefois, les autorités assurent que des dispositifs d’accompagnement seront mis en place afin de faciliter la transition et d’éviter toute perturbation majeure de l’activité économique.
Vers une dédollarisation progressive de l’économie
Cette réforme s’inscrit dans une dynamique plus large de dédollarisation progressive de l’économie congolaise. En renforçant l’usage du franc congolais dans les transactions fiscales, le gouvernement espère restaurer la confiance dans la monnaie nationale et en faire un instrument central des échanges économiques.
Si la mesure est saluée par certains experts pour sa portée structurelle, elle suscite également des interrogations quant à sa mise en œuvre effective et à son impact sur l’attractivité du climat des affaires.
Dans un environnement économique encore fragile, l’équilibre entre discipline budgétaire, stabilité monétaire et compétitivité des entreprises restera déterminant pour le succès de cette réforme.
Scarpe MBUYAMBA Espérant/ELITE-NEWS.NET