L’ancien président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila Kabange, critique la gestion de la crise sécuritaire et politique par le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo. Dans son adresse, il met en cause la conduite de la guerre dans l’Est du pays, le déroulement des négociations de paix et la place accordée aux différentes initiatives de médiation. Il plaide, en parallèle, pour une solution politique fondée sur un dialogue national véritablement inclusif.
Au cœur de ses critiques figure la dégradation persistante de la situation sécuritaire en RDC. Joseph Kabila reproche au pouvoir actuel sa manière de conduire les opérations militaires et estime que les démarches diplomatiques engagées n’ont pas permis d’obtenir des avancées suffisamment significatives pour mettre fin durablement aux violences. Il évoque également le non-respect présumé du cessez-le-feu conclu dans le cadre du processus de Doha, mettant ainsi en question l’efficacité des engagements pris par les différentes parties.
L’ancien chef de l’État soulève par ailleurs la question des alliances militaires sur le terrain, en évoquant des collaborations présumées avec certains groupes armés, notamment les Maï-Maï, les Wazalendo et les FDLR. Ces accusations, qui nécessitent d’être examinées à la lumière d’éléments vérifiables et des réponses des parties concernées, s’inscrivent dans un contexte où les responsabilités dans la persistance du conflit continuent de faire l’objet de controverses politiques et diplomatiques.
Sur le plan diplomatique, Joseph Kabila critique également la gestion des initiatives de paix portées par la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) et l’Union africaine (UA). Il déplore, selon sa lecture de la crise, la mise à l’écart de certaines démarches impliquant aussi les confessions religieuses, notamment la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et l’Église du Christ au Congo (ECC). Il considère que la résolution de la crise exige une mobilisation plus large des acteurs politiques, religieux et sociaux.
Un dialogue national au centre de la solution proposée
Au-delà de ses critiques, l’ancien président appelle à l’organisation d’un dialogue national qu’il souhaite réellement inclusif. Selon cette orientation, les discussions devraient permettre aux différentes composantes de la société congolaise d’aborder les causes profondes de la crise et de rechercher des solutions politiques durables, au-delà des seules réponses militaires et diplomatiques.
Joseph Kabila résume sa critique de la gestion présidentielle par cette formule : « Face à la crise, il ne cherche pas la solution, mais la soumission. » Cette déclaration traduit la profondeur du désaccord politique entre les deux anciens partenaires devenus adversaires. Elle constitue toutefois une appréciation de Joseph Kabila, et non un fait établi indépendamment.
Cette prise de position intervient alors que le dialogue national figure déjà parmi les sujets majeurs du débat politique congolais. Le 27 août 2026, Félix Tshisekedi a annoncé l’ouverture d’un Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État, avec des consultations prévues dans les 26 provinces avant les assises nationales. Le chef de l’État a cependant posé des limites à la participation des acteurs engagés dans la lutte armée.
De son côté, le mouvement Sauvons la RDC, proche de Joseph Kabila, avait déjà défendu, le 1er août, un dialogue préparé et conduit par une médiation neutre, avec la participation de toutes les parties concernées, sans exclusion sélective. Il avait également insisté sur la nécessité de mesures de décrispation politique et d’un mécanisme crédible pour garantir l’application des résolutions.
Dix points au cœur de la controverse
Les principales critiques attribuées à Joseph Kabila peuvent ainsi être résumées en dix points : la dégradation de la situation sécuritaire, la conduite de la guerre par Félix Tshisekedi, l’absence d’avancées significatives dans les négociations, le non-respect présumé du cessez-le-feu de Doha, les collaborations présumées avec certains groupes armés, la gestion des initiatives de paix de l’EAC et de la SADC, la mise à l’écart alléguée des initiatives de l’Union africaine, de la CENCO et de l’ECC, la nécessité d’un dialogue inclusif, ses accusations contre le chef de l’État et, enfin, son plaidoyer pour une solution politique à la crise.
Le débat porte désormais sur les conditions concrètes de ce dialogue, son degré d’inclusivité, le choix de la médiation et les garanties d’application des éventuelles résolutions. Entre la volonté du pouvoir de préserver l’ordre constitutionnel et les revendications d’une partie de l’opposition, l’enjeu reste de parvenir à un processus susceptible de contribuer à la paix, à la cohésion nationale et au rétablissement de la confiance entre les acteurs congolais.
Pour la RDC, la question centrale demeure celle des résultats : comment faire converger les initiatives diplomatiques, les efforts de sécurisation du territoire et les consultations politiques vers une sortie durable de la crise, alors que les populations de l’Est continuent de subir les conséquences du conflit ?
Par Astrid Panzu/ELITE-NEWS.NET
