La situation devient alarmante à la prison centrale du Cinquantenaire de Bandundu, où les détenus auraient passé cinq jours sans nourriture, selon des informations rapportées par des sources proches de l’établissement et relayées par la société civile. En cause : des difficultés financières persistantes, l’absence présumée de subventions publiques depuis le début de l’année et des retards de paiement signalés chez plusieurs agents pénitentiaires.
D’après les informations recueillies auprès de la société civile, l’établissement pénitentiaire ne bénéficierait plus des ressources nécessaires pour assurer normalement son fonctionnement. Cette situation aurait progressivement aggravé les conditions de détention, notamment en matière d’alimentation et d’accès aux soins de santé. À ce stade, les autorités compétentes ne se sont pas encore exprimées sur les faits rapportés.
Des dettes face à l'urgence alimentaire
Pour tenter de maintenir l'approvisionnement des détenus, la direction de la prison aurait été contrainte de contracter des dettes auprès de particuliers et de fournisseurs. Mais ces solutions, manifestement insuffisantes, n'auraient pas permis d'éviter une rupture prolongée de l'alimentation.
À cette précarité s'ajouteraient les arriérés de rémunération de plusieurs agents pénitentiaires, dont les conditions sociales seraient également préoccupantes. Ces difficultés soulèvent des interrogations sur le financement de l'établissement, le décaissement des fonds publics prévus et les mécanismes mis en place pour garantir la continuité des services pénitentiaires.
Des détenus amaigris, des malades en danger
Les conséquences humaines de cette situation suscitent une vive inquiétude. La société civile fait état de détenus présentant une maigreur extrême et de nombreux malades nécessitant une prise en charge médicale urgente. Des cas de tuberculose seraient également signalés au sein de la prison, accentuant les craintes liées à la propagation des maladies dans un environnement où l'accès aux soins pourrait être insuffisant.
Face à cette situation, Placide Mukwa, vice-président du Cadre de concertation de la société civile du Kwilu, appelle les autorités à intervenir sans délai afin d'éviter une aggravation de la crise.
« Quand vous entrez dans la prison, vous trouvez des êtres humains squelettiques, avec la peau sur les os, parce qu'ils ne mangent presque pas. Ceux qui sont malades sont en majorité tuberculeux. On ne met pas les gens en prison pour les tuer. On met les gens en prison pour les corriger et, pour corriger des gens, ils doivent être en bonne santé. Nous appelons ceux qui sont habillés à trouver les moyens de faire urgence, sinon, ça sera des morts en masse, a alerté Placide Mukwa.»
Cette déclaration traduit l'inquiétude des acteurs de la société civile face à une situation qui nécessite, selon eux, une assistance alimentaire immédiate, une évaluation médicale des détenus et une vérification des conditions sanitaires au sein de l'établissement.
Le respect des droits fondamentaux en question
Au-delà de ses dimensions financières et sanitaires, cette crise présumée soulève des questions relatives au respect des droits fondamentaux des personnes privées de liberté.
L'article 16 de la Constitution de la République démocratique du Congo consacre le caractère sacré de la personne humaine et impose à l'État l'obligation de la respecter et de la protéger. De son côté, l'article 61 protège notamment contre la torture et les traitements cruels, inhumains ou dégradants dans les circonstances qu'il prévoit.
Sur le plan international, l'article 10 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques exige que toute personne privée de liberté soit traitée avec humanité et dans le respect de sa dignité. Les Règles Nelson Mandela des Nations unies prévoient également des garanties relatives à l'alimentation, à l'hygiène et aux soins de santé des détenus.
Si les faits dénoncés étaient confirmés, notamment la privation prolongée de nourriture et l'insuffisance des soins indispensables, ils appelleraient des mesures urgentes pour rétablir des conditions de détention conformes aux exigences de dignité humaine. La détermination d'éventuelles responsabilités individuelles nécessiterait toutefois des vérifications et l'examen des faits par les autorités compétentes.
Les autorités attendues sur des mesures concrètes
La société civile du Kwilu demande aux autorités nationales et provinciales concernées de prendre des mesures immédiates pour répondre aux besoins essentiels des détenus. Parmi les priorités figurent le rétablissement de l'approvisionnement alimentaire, la prise en charge médicale des malades et l'évaluation des conditions sanitaires dans la prison.
Elle réclame également des éclaircissements sur les subventions publiques qui auraient fait défaut depuis le début de l'année, ainsi que sur les arriérés de rémunération signalés chez les agents pénitentiaires.
Les autorités compétentes sont ainsi attendues sur la réalité des difficultés financières évoquées, les ressources éventuellement disponibles et les dispositions envisagées pour éviter que la situation ne se détériore davantage.
En attendant des réactions officielles, l'urgence demeure humanitaire. Les personnes détenues, quelles que soient les infractions qui leur sont reprochées ou les condamnations prononcées à leur encontre, conservent leurs droits fondamentaux, notamment celui d'être traitées avec humanité et dans le respect de leur dignité.
Les informations rapportées par la société civile et les sources proches de la prison restent à corroborer auprès des services compétents. Les données précises sur le nombre de détenus affectés, l'état de santé des malades, les subventions attendues et les arriérés de rémunération nécessitent également des vérifications complémentaires.
Par Deogratias Makwala Mulefu, à Bandundu
