La République démocratique du Congo franchit une nouvelle étape dans la structuration de son marché des crédits carbone. Ce jeudi à Kinshasa, la ministre de l'Environnement, du Développement durable et de la Nouvelle économie du climat, Marie Nyange Ndambo, a rencontré le gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC), André Wameso. Au menu de cette entrevue : la mise en place d'un registre national souverain des crédits carbone, pierre angulaire d'un dispositif que Kinshasa veut désormais aligner sur les standards internationaux.

Une loi carbone en quête d'institutions

L'entretien s'est concentré sur l'application de la récente « loi carbone », le texte qui répartit les compétences entre les institutions congolaises appelées à encadrer ce marché naissant. Parmi elles, la Banque centrale du Congo occupe désormais une place de choix : sollicitée par le ministère de l'Environnement, elle est pressentie pour héberger le futur registre national des crédits carbone.

L'enjeu dépasse la seule technique administrative. Il s'agit, pour les autorités congolaises, de garder la main sur un secteur stratégique et de garantir la traçabilité des transactions, dans un domaine où la RDC-deuxième massif forestier tropical au monde et dispose d'un potentiel considérable, mais encore largement sous-exploité.

« Valoriser et monétiser » les ressources écologiques

À l'issue des échanges, le gouverneur André Wameso a résumé l'ambition congolaise :

« Notre pays regorge d'immenses opportunités. Il s'agissait de mettre en place des réformes importantes aux standards internationaux pour crédibiliser notre processus de certification. L'aboutissement de ce travail sera un registre souverain logé à la Banque Centrale, permettant à la RDC de valoriser et monétiser pleinement ses crédits carbone. »

Concrètement, ce registre doit permettre de sécuriser le suivi des crédits générés notamment via les projets de conservation forestière ou de reboisement—et d'en assurer une gestion transparente, condition jugée indispensable pour attirer des investisseurs internationaux sur un marché encore marqué, à l'échelle mondiale, par des controverses sur la fiabilité de certaines certifications.

Un pas de plus vers une finance climatique nationale

Cette collaboration entre le ministère de l'Environnement et la Banque centrale du Congo illustre une volonté plus large : celle de faire de la finance climatique un levier de développement économique national, plutôt qu'un simple outil de compensation carbone au bénéfice d'acteurs étrangers.

Reste à voir dans quels délais ce registre sera opérationnel, et comment il s'articulera avec les mécanismes internationaux de certification déjà existants. Un chantier que Kinshasa entend désormais mener tambour battant

Scarpe MBUYAMBA Espérant/ELITE-NEWS.NET