Les sages-femmes du Kwilu veulent voir leurs conditions de travail évoluer. Elles ont remis, mercredi 23 septembre à Bandundu, un mémorandum aux autorités provinciales dans lequel elles réclament notamment des avancées sur leur rémunération, leur carrière, leur statut administratif et leurs conditions d’exercice.

Le document, adressé au gouverneur de province, au maire de Bandundu ainsi qu’à l’administrateur du territoire, a été réceptionné par le directeur de cabinet du gouverneur, Urbain Kiwosa. Ce dernier a indiqué qu’il transmettrait le mémorandum aux autorités compétentes pour examen.

La démarche est présentée par les représentantes de la profession comme un plaidoyer pacifique et professionnel. Au nom de la structure provinciale des sages-femmes, son président, M. Issa, a exposé les principales préoccupations contenues dans le document.

Selon les sages-femmes, leur rôle demeure essentiel dans la prise en charge de la grossesse, l’accouchement, les soins postnatals et néonatals, la planification familiale ainsi que la prévention et l’orientation des urgences obstétricales. Elles soulignent également leur implication dans la mise en œuvre de la politique de gratuité de la maternité.

Des revendications sur la rémunération et la carrière

Le mémorandum met particulièrement l’accent sur plusieurs dossiers administratifs et financiers. Les sages-femmes demandent notamment le déblocage des alignements à la prime de risque et la prise en compte du reliquat de 70 % évoqué dans leurs engagements avec les autorités.

Elles réclament également la régularisation de la situation des professionnelles déjà matriculées mais non encore payées, ainsi que la mécanisation salariale de celles qui remplissent les conditions requises.

Autre demande : l’admission sous statut et l’attribution de matricules aux nouvelles unités, conformément aux procédures administratives en vigueur. Les professionnelles sollicitent par ailleurs la reprise et la finalisation du processus d’avancement en grade.

Elles affirment que certaines sages-femmes en fonction n’ont pas bénéficié d’évolution de carrière depuis plusieurs années, malgré leur ancienneté et leur engagement dans les structures de santé.

Les jeunes diplômées au cœur du plaidoyer

Le document accorde également une place importante aux jeunes sages-femmes formées mais encore sans emploi. Les signataires proposent la mise en place d’un mécanisme transparent de recrutement et de déploiement, fondé sur les besoins réels des provinces, villes, territoires et zones de santé.

Pour elles, une meilleure répartition du personnel permettrait de renforcer la couverture sanitaire, notamment dans les zones rurales, enclavées ou insuffisamment desservies.

Elles plaident aussi pour l’application effective de la prime de brousse, destinée, selon leur argumentaire, à favoriser l’affectation et le maintien des professionnelles qualifiées dans les zones difficiles d’accès.

Une attention aux sages-femmes en fin de carrière

Les sages-femmes demandent également la finalisation du dossier relatif à la retraite honorifique des doyennes, en reconnaissance de leurs années de service.

Elles souhaitent, par ailleurs, une réorganisation et une meilleure sécurisation de l’octroi des primes liées à la gratuité de la maternité. Leur objectif est que ces mécanismes prennent en compte la contribution effective des sages-femmes à cette politique de santé publique.

Vers un cadre permanent de concertation

Au-delà des revendications salariales et administratives, les professionnelles proposent la création d’un cadre permanent de dialogue et de suivi avec les ministères et administrations concernés.

Elles souhaitent notamment qu’une sous-commission consacrée aux questions relatives aux sages-femmes puisse être intégrée à la commission interministérielle compétente. Cette structure aurait vocation à examiner les questions liées au statut, à la carrière, à la rémunération, à la protection sociale, au déploiement et aux conditions de travail.

Les sages-femmes sollicitent également l’ouverture d’une ligne budgétaire spécifique destinée à soutenir leur déploiement, leur fidélisation, leur formation continue et leur protection professionnelle.

Les autorités provinciales appelées à servir de relais

Conscientes que plusieurs de leurs revendications relèvent de la compétence du Gouvernement central, les sages-femmes du Kwilu demandent aux autorités provinciales et locales de transmettre officiellement leur mémorandum aux institutions nationales concernées.

Elles proposent également l’organisation d’un cadre de concertation réunissant leurs représentants, les autorités sanitaires et les services administratifs concernés. L’objectif est notamment d’établir un état des lieux des différents dossiers, d’identifier les éventuels blocages administratifs ou budgétaires et de déterminer les mesures correctives ainsi que les échéances de suivi.

Au-delà des engagements de principe

À travers ce mémorandum, les sages-femmes disent vouloir obtenir des avancées concrètes plutôt que de simples engagements de principe. Elles plaident pour un mécanisme de dialogue assorti de décisions documentées et d’un calendrier permettant de suivre l’évolution de leurs différentes revendications.

Malgré ces préoccupations, les professionnelles réaffirment leur volonté de poursuivre leur mission auprès des femmes, des nouveau-nés, des familles et des communautés.

La réception du mémorandum par le directeur de cabinet du gouverneur constitue ainsi une nouvelle étape de leur plaidoyer. Pour les sages-femmes du Kwilu, l’amélioration de leur situation professionnelle ne concerne pas uniquement leurs droits et conditions de travail. Elle est également liée, selon elles, à la qualité de la prise en charge maternelle et néonatale et à la capacité du système de santé à maintenir du personnel qualifié dans les zones où les besoins restent importants.

Par Déogratias Makwala Mulefu/Bandundu