Les pêcheurs et petits commerçants opérant dans les campements installés le long de la rivière Lokoro, dans la province du Maï-Ndombe, à l'Ouest de la République démocratique du Congo, tirent la sonnette d’alarme face à ce qu’ils décrivent comme des tracasseries policières répétées. Ils appellent les autorités politico-administratives ainsi que la Police nationale congolaise (PNC) à intervenir pour mettre fin à ces pratiques présumées et garantir la sécurité des acteurs de cette économie locale.

D’après plusieurs témoignages recueillis dans la zone, certains éléments de la police affectés dans ces campements seraient régulièrement accusés de procéder à des saisies de biens appartenant aux pêcheurs et commerçants. Filets de pêche, moteurs hors-bord, poissons et recettes issues des ventes seraient notamment concernés, selon les personnes interrogées. Un pêcheur, qui a requis l’anonymat par crainte de représailles, affirme également que des coups de feu auraient été tirés en l’air lorsque certains travailleurs tentaient de s’opposer à ces pratiques.

« Ils arrivent sans mandat, ils prennent nos filets, nos moteurs hors-bord, nos poissons et même l’argent issu de nos ventes sans aucune explication. Quand nous voulons résister, ils tirent des coups de balle en l’air pour nous intimider », témoigne-t-il.»

La situation affecterait également les petits commerçants présents dans les campements. Une vendeuse rencontrée sur place dit travailler dans un climat de peur, alors que son activité constitue une source essentielle de revenus pour sa famille.

« Nous venons ici pour nourrir nos familles. Mais avec cette insécurité créée par ceux-là mêmes qui sont censés nous protéger, nous ne travaillons plus en paix. Nous vivons dans la peur permanente », déplore-t-elle.

Selon plusieurs pêcheurs, ces incidents auraient des conséquences directes sur leurs activités. Certains affirment avoir quitté leurs campements par crainte pour leur sécurité, compromettant ainsi leurs moyens de subsistance. Si ces allégations restent à établir par les autorités compétentes, les témoignages recueillis traduisent néanmoins un profond sentiment d’insécurité parmi une partie des populations riveraines.

Les pêcheurs affirment par ailleurs que la situation ne serait pas limitée à la seule rivière Lokoro. Ils évoquent également des faits similaires dans d’autres zones de pêche du Maï-Ndombe, notamment sur les rivières Lukenie, Mfimi et Kwa, où des barrières qualifiées d’illégales ainsi que des perceptions jugées arbitraires seraient imposées à certains usagers.

Face à ces accusations, les victimes en appellent aux autorités provinciales et au commissariat provincial de la PNC du Maï-Ndombe. Elles souhaitent l’ouverture de vérifications afin d’établir les responsabilités et, le cas échéant, de sanctionner les agents reconnus coupables d’abus. Elles plaident également pour un renforcement de la présence de l’État dans ces zones, dans le respect des droits humains et des règles encadrant l’exercice des missions de police.

Dans cette partie du Maï-Ndombe où la pêche constitue une importante source de revenus et de subsistance, les acteurs du secteur demandent surtout à pouvoir exercer leurs activités dans un environnement sécurisé. Ils espèrent une réaction rapide des autorités afin de restaurer la confiance et de permettre aux pêcheurs et petits commerçants de travailler sans crainte.

Jean Béni Nseposwa et Felly Mbembe/ Maï-Ndombe