À l’occasion de la Journée mondiale des lacs, célébrée chaque 27 août, les regards se tournent vers ces écosystèmes d’eau douce essentiels à l’équilibre environnemental et à la survie de nombreuses communautés. Dans la province du Maï-Ndombe, cette commémoration prend une résonance particulière, le lac éponyme occupant une place centrale dans la vie quotidienne des populations riveraines. Ressource halieutique, réserve d’eau, voie de transport et réservoir de biodiversité, le Lac Maï-Ndombe constitue un patrimoine naturel dont la préservation apparaît aujourd’hui comme un enjeu majeur pour le développement durable de la province.
Instituée par les Nations Unies en 2025, cette journée vise à renforcer la sensibilisation sur la conservation et la gestion durable des écosystèmes lacustres. À l’échelle mondiale, les lacs jouent un rôle déterminant dans la sécurité alimentaire, la disponibilité de l’eau, la régulation du climat, le stockage du carbone et la préservation de la biodiversité. Avec plus de 117 millions de lacs recensés sur la planète, couvrant près de 4 % de la surface terrestre, ces milieux constituent des composantes essentielles des équilibres écologiques. En RDC, cette richesse hydrique se traduit notamment par la présence de plusieurs grands lacs, parmi lesquels le Maï-Ndombe, le Tumba, le Tanganyika, le Kivu, l’Édouard, l’Albert et le Moero.
Long d’environ 150 kilomètres, le Lac Maï-Ndombe représente un véritable poumon économique et social pour de nombreuses communautés riveraines. Ses ressources halieutiques fournissent des protéines et des revenus à plusieurs familles, tandis que ses eaux contribuent aux activités agricoles et aux échanges commerciaux. Le lac constitue également une importante voie de communication dans une région où le réseau routier demeure limité. Pour CT Pascal Bakwita, Chef de Travaux à l’ISP/Inongo et doctorant à l’ERAIFT dans le domaine de l’eau et de la forêt à l’Université de Kinshasa, sa valeur dépasse largement sa dimension économique. « Le Lac Maï-Ndombe constitue une richesse écologique inestimable pour notre province », souligne-t-il, appelant à une responsabilité collective associant communautés locales, autorités, acteurs économiques, société civile et institutions scientifiques.
Mais derrière cette richesse se profile une vulnérabilité croissante. Le Lac Maï-Ndombe est confronté à plusieurs pressions, notamment la pollution par les déchets, particulièrement les plastiques, les rejets d’hydrocarbures liés à certaines embarcations motorisées, la déforestation des berges, l’érosion, l’ensablement et certaines pratiques de pêche non durables. Les effets des changements climatiques pourraient davantage fragiliser cet écosystème et les communautés qui dépendent directement de ses ressources. Face à ces menaces, la protection du lac passe notamment par le renforcement de la sensibilisation, la restauration des zones dégradées, la reforestation des berges, l’amélioration de la surveillance des activités et la promotion de pratiques responsables de pêche et de gestion des déchets.
En cette Journée mondiale des lacs, le cas du Lac Maï-Ndombe rappelle ainsi que la préservation des ressources en eau douce ne relève pas uniquement d’un impératif environnemental, mais constitue également une question de sécurité alimentaire, de développement local et de justice intergénérationnelle. La valorisation de son potentiel touristique et culturel, parallèlement à la protection de sa biodiversité, pourrait contribuer à renforcer son rôle dans l’économie provinciale. Pour les populations du Maï-Ndombe comme pour les autorités, le défi est désormais de concilier l’exploitation des ressources avec leur conservation. Protéger le Lac Maï-Ndombe aujourd’hui, c’est préserver une source de vie, une économie locale et un patrimoine naturel destiné aux générations futures.
Jean Béni Nseposwa|Inongo
