Les entreprises publiques en République démocratique du Congo restent confrontées à des défis majeurs de performance, de gouvernance et de financement. C’est le constat dressé par Alphonse Shungu Mahungu, ancien Directeur Général de la Régie des Voies Aériennes (RVA), lors de son passage dans l’émission « Le Jeudi de l’Économie » sur Top Congo FM, le 11 juin 2026.

Dans une intervention à la fois technique et critique, l’ancien responsable de la RVA a livré son analyse sur la situation actuelle des entreprises publiques congolaises, qu’il considère comme fragilisées par des problèmes structurels persistants. Selon lui, la majorité de ces structures peinent depuis plusieurs années à atteindre leurs objectifs économiques, accumulant des difficultés financières qui limitent leur capacité à investir et à contribuer efficacement au développement national.

« Les entreprises publiques en RDC ne sont pas performantes depuis 2008. Elles sont dans le rouge, elles enregistrent des pertes, les charges sont largement supérieures aux produits », a-t-il déclaré, estimant que la situation dépasse les simples difficultés conjoncturelles. Pour lui, ces problèmes traduisent une faiblesse profonde des modèles actuels de gestion et d’organisation.

Au centre de son diagnostic figure la question de l’investissement, qu’il considère comme un élément déterminant pour améliorer la productivité et la compétitivité. Alphonse Shungu Mahungu estime qu’une entreprise ne peut progresser durablement sans une politique d’investissement cohérente capable de soutenir la modernisation, la création de valeur et la génération d’emplois.

L’ancien directeur général de la RVA a également élargi son analyse aux infrastructures nationales, soulignant que le développement économique de la RDC reste fortement limité par les difficultés de connectivité entre les provinces. Il a évoqué notamment l’état des routes, la faiblesse du réseau ferroviaire, les contraintes du transport fluvial et l’absence d’un véritable système multimodal intégré.

Selon lui, la taille du territoire congolais et les défis sécuritaires persistants compliquent davantage la maintenance et la modernisation des infrastructures. Il estime que les grands projets structurants nécessitent des investissements plus importants afin de permettre une meilleure circulation des biens, des personnes et des capitaux à travers le pays.

Revenant sur son expérience à la tête de la RVA, Alphonse Shungu Mahungu a décrit une entreprise confrontée à de nombreuses difficultés au moment de sa prise de fonctions, notamment un niveau d’endettement élevé, des arriérés sociaux et des problèmes d’organisation interne. Il affirme avoir engagé une démarche de réorganisation visant à stabiliser progressivement la structure et à améliorer la gestion des ressources disponibles.

Il a également expliqué avoir mis en place une approche basée sur une solidarité financière entre les différentes entités de la RVA, permettant aux plateformes aéroportuaires les plus performantes de contribuer à l’équilibre des autres structures moins rentables. Il a notamment cité les aéroports de Kinshasa, Lubumbashi et Goma parmi les principaux pôles contribuant à cette dynamique interne.

Sur le volet financier, l’ancien dirigeant a insisté sur l’importance de la digitalisation dans la gestion des recettes publiques. Pour lui, la modernisation des systèmes de collecte et de contrôle constitue un outil essentiel pour limiter les pertes financières et améliorer la transparence dans la gestion des entreprises publiques.

Il a également évoqué les efforts de modernisation technique entrepris dans le secteur aérien, notamment dans les domaines liés à la navigation et à la surveillance de l’espace aérien, avec l’intégration progressive de solutions technologiques destinées à renforcer la sécurité et l’efficacité opérationnelle.

Mais au-delà des aspects techniques, Alphonse Shungu Mahungu identifie la gouvernance comme l’un des principaux défis des entreprises publiques congolaises. Il plaide pour une rupture avec les pratiques de gestion qu’il juge inefficaces et appelle à un modèle reposant davantage sur la compétence, la méritocratie et l’évaluation des performances.

Parmi les pistes proposées figurent le recrutement basé sur les compétences, la fixation d’objectifs clairs aux dirigeants, l’évaluation régulière des résultats ainsi que la mise en place de mécanismes de responsabilité permettant de récompenser la performance ou de sanctionner les échecs.

Abordant enfin les perspectives économiques du pays, l’ancien patron de la RVA estime que la croissance enregistrée par la RDC reste insuffisante pour répondre aux besoins d’emploi et de développement social. Il considère que l’économie nationale demeure trop dépendante des secteurs minier et des télécommunications, qui, selon lui, ne créent pas suffisamment d’emplois directs.

Il appelle ainsi à une diversification économique orientée vers des secteurs plus inclusifs, notamment l’agriculture, l’agro-industrie, la transformation locale des ressources naturelles et le développement du secteur manufacturier.

Pour Alphonse Shungu Mahungu, la transformation économique de la RDC passe par une réforme profonde de la gouvernance publique et une nouvelle vision de gestion des entreprises stratégiques. Une évolution qui, selon lui, doit permettre au pays de dépasser le modèle d’exportation des matières premières pour construire une économie davantage créatrice de valeur et d’emplois.

La Rédaction