La Haye, 10 juin 2026 – La Cour pénale internationale (CPI) traverse l’une des crises institutionnelles les plus sensibles de son histoire récente. Le procureur de la juridiction, Karim Khan, a été suspendu de ses fonctions avec effet immédiat à la suite d’allégations d’agression sexuelle faisant actuellement l’objet d’une enquête interne.
La décision a été annoncée par le Bureau de l’Assemblée des États parties à la CPI, l’organe chargé de la gouvernance politique de l’institution. Réunis en session, les 21 membres du Bureau ont adopté cette mesure à la majorité qualifiée, tout en soulignant qu’elle ne préjuge en rien de la culpabilité ou de l’innocence du magistrat britannique.
Une mesure administrative dans l’attente des conclusions de l’enquête
Dans son communiqué, le Bureau a insisté sur le caractère administratif de cette suspension, présentée comme une mesure destinée à préserver l’intégrité de la procédure en cours et le bon fonctionnement de l’institution.
L’affaire devra désormais être examinée par les 125 États parties au Statut de Rome, qui constituent l’assemblée générale de la Cour et supervisent ses activités administratives et budgétaires.
Âgé de 55 ans, Karim Khan rejette fermement les accusations portées contre lui. Depuis mai 2025, il s’était déjà temporairement retiré de certaines responsabilités afin de préparer sa défense dans le cadre de l’enquête ouverte à la suite d’allégations formulées par une membre de son équipe.
Cette procédure a progressivement pris de l’ampleur jusqu’à conduire à la suspension annoncée cette semaine, une décision sans précédent pour un procureur en exercice de la CPI.
Une figure centrale de la justice pénale internationale
Nommé procureur de la CPI en juin 2021, Karim Khan s’est imposé comme l’une des personnalités les plus influentes de la justice internationale contemporaine.
Au cours de son mandat, il a piloté plusieurs enquêtes majeures concernant des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité et des violations graves du droit international humanitaire.
Son action a notamment retenu l’attention mondiale dans le dossier visant Rodrigo Duterte, poursuivi pour crimes contre l’humanité dans le cadre de la guerre contre la drogue menée aux Philippines. Le procès de l’ancien chef de l’État doit s’ouvrir le 30 novembre prochain devant la juridiction internationale.
Karim Khan a également été au centre de l’actualité internationale en 2024 lorsqu’il a obtenu des mandats d’arrêt contre Benjamin Netanyahu et Yoav Gallant dans le cadre des enquêtes menées sur les crimes présumés commis dans la bande de Gaza. La Cour avait également délivré des mandats d’arrêt visant plusieurs dirigeants du Hamas impliqués dans le conflit.
Ces décisions avaient suscité de vives réactions diplomatiques et placé la CPI au cœur de débats géopolitiques particulièrement sensibles.
Une institution sous pression croissante
La suspension de Karim Khan intervient dans un contexte déjà marqué par de fortes tensions entre la Cour pénale internationale et plusieurs puissances mondiales.
En février 2025, Donald Trump avait signé un décret imposant de nouvelles sanctions contre la CPI, accusée de mener des actions jugées « illégales et sans fondement » à l’encontre des États-Unis et d’Israël.
Ces mesures comprennent notamment des restrictions de visas ainsi que des sanctions financières visant certains responsables, employés et collaborateurs de la Cour, de même que des membres de leurs familles.
Pour plusieurs observateurs, cette pression politique extérieure s’ajoute désormais aux défis internes auxquels l’institution doit faire face, alors que son principal responsable des poursuites est écarté de ses fonctions.
Un enjeu de crédibilité pour la Cour
Créée par le Statut de Rome et basée à La Haye, la Cour pénale internationale est chargée de poursuivre les auteurs présumés de génocide, de crimes contre l’humanité, de crimes de guerre et du crime d’agression lorsque les juridictions nationales ne peuvent ou ne veulent pas agir.
La suspension de son procureur intervient à un moment où la Cour est engagée dans plusieurs enquêtes majeures à travers le monde, notamment en Ukraine, au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie.
Alors que l’enquête suit son cours, la CPI cherche désormais à préserver sa crédibilité et son indépendance institutionnelle. Les conclusions de la procédure seront particulièrement scrutées par la communauté internationale, tant pour leurs implications judiciaires que pour leur impact sur l’image de la principale juridiction pénale internationale.
Par : ELITE-NEWS.NET
